L'Inconnu de la Grande Arche
Plate-forme : DVD
Date de sortie : 05 Mars 2026
Résumé | Test Complet
Editeur :
Développeur :
Genre :
film
Multijoueur :
Non
Jouable via Internet :
Non
Test par

Nic007


8/10

Réalisé par ‎ Stéphane Demoustier.

Paris 1982. Un concours public lancé par le président français François Mitterrand pour la construction d'un nouvel arc dans le quartier de La Défense, aligné sur le Louvre et l'Arc de Triomphe, est remporté par un architecte danois inconnu de 53 ans, Johan Otto von Spreckelsen. Otto ne possède pas le prestigieux pedigree des grands noms du concours ; il a construit quelques belles églises et guère plus, il enseigne l'architecture à l'université de sa ville natale et, surtout, il n'a pas l'air de quelqu'un qui cherche à se faire une place. C’est le début du film qui, pour ceux qui ignorent la fin, ouvre l’espoir que le mérite, et non pas toujours le copinage, les manœuvres douteuses et le népotisme, puisse encore triompher. Hélas, une brève illusion.

Stéphane Demoustier , dans son quatrième long métrage adapté du livre de Laurence Cossé, La Grande Arche, construit une histoire de libération lente de substances toxiques. Claes Bang, qui interprète Spreckelsen , grand et dégingandé, avec un français plutôt hésitant qui lui suffit, il n'a pas besoin de beaucoup de mots, entre en scène et y reste jusqu'à la fin, fermement convaincu d'un devoir d'honnêteté et de cohérence avec son rêve et son art. C'est un homme serein, peu enclin au compromis ; il a conçu un Cube (c'est ainsi qu'il souhaite l'appeler, et non une Arche), une œuvre d'une force exceptionnelle, une géométrie totale où chaque élément (matériaux, escaliers, fenêtres, dimensions, proportions, voiles flottant comme des ailes) a sa propre nécessité, inaltérable et non négociable. À travers le vide encadré par l'immense Cube, Paris prolongera son axe monumental, entre l'Arc de Triomphe et le Louvre, se projetant vers l'avenir. Le Cube sera le signe indubitable de la Défense. Mitterrand aime le projet, le soutient, en comprend la valeur et aidera l'architecte jusqu'à ce que lui aussi, homme puissant mais non omnipotent, doive déposer les armes. Le projet est gigantesque et coûteux, la non-réélection du président ouvre la voie aux arides considérations comptables ; il faut renoncer à trop de choses qu’Otto considère indispensables, à commencer par les marbres qu’il a personnellement choisis à Carrare, sur les traces de Michel-Ange . C'est une séquence des plus extraordinaires, dans la blancheur aveuglante de la pierre qui, seule, pouvait donner vie à ces statues éternelles. Mais autrefois, les clients respectaient l'art ; aujourd'hui, l'art du compromis règne en maître. Otto est entouré de personnes avec lesquelles il a dû composer dès le début, et sa victoire au concours reste une source de déception.

Pas à pas, Otto en viendra à la décision douloureuse mais nécessaire d'abandonner le projet entre les mains d'autres et de retourner auprès de ses élèves. Une fin profondément triste que Demoustier aborde avec retenue et gravité, alliant la performance toujours juste de Claes Bang à celle de Paul Andreu, interprété par Swann Arlaud, un architecte malheureux au concours et devenu l'assistant d'Otto. Homme d'une grande dignité, Paul a accepté ce rôle subalterne mais, dès qu'il le peut, il se range du côté du bureaucrate Jean-Louis Subilon, envoyé de Mitterrand ( Xavier Dolan ), qui exerce un contrôle économique d'une vigilance extrême. Pour Mitterrand, le Cube était l'ambition politique d'un homme de pouvoir qui voulait laisser une trace indélébile de lui-même ; pour Otto, c'était la nécessité intérieure d'une vie, l'art pour lequel il est impensable de se soumettre à une autre logique que celle de l'art lui-même. La défaite est pour les deux, mais combien plus douloureuse est celle d' Otto, décédé, comme l'indiquent les crédits, deux ans avant de voir l'œuvre achevée et, chose incroyable , enterré au cimetière des indigents. Mais l'art finit toujours par reprendre ses droits et le Cube se dresse là, certes pas aussi blanc qu'il l'aurait été en marbre de Carrare, hélas trop cher. Eh bien, pour admirer ce marbre dans toute sa splendeur, il suffit de se promener parmi les marbres de Michel-Ange .

VERDICT

-

Un film plutôt bien réalisé, et surtout instructif sur une page d'histoire méconnue. Il démontre aussi, une fois de plus, la fragilité des promesses politiques et comment les vides de l'art peuvent refléter ceux du politique. Le vide (de l'Arche) peut être un espace de possibilités (pour l'Homme), mais aussi d'anéantissement, en cas d'échec.

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