![]() Plate-forme : Blu-Ray Date de sortie : 05 Mai 2026 Options : Alertes - Voter pour ce jeu Editeur : Développeur : Genre : film Multijoueur : Non Jouable via Internet : Non Test par Nic0078/10 Réalisé par Akira Kurosawa. L'astucieux entrepreneur Kingo Gondo ( Toshiro Mifune ) est sur le point de prendre le contrôle d'une entreprise japonaise de chaussures bien connue dont il est associé et directeur, au grand dam du reste du conseil d'administration hostile. C’est pourquoi il a demandé à emprunter une somme d’argent considérable dont il avait besoin pour mener à bien son projet. Mais alors qu'il finalise les derniers détails de son opération hostile, un appel téléphonique l'informe que son fils, qui peu de temps auparavant jouait insouciant avec le fils de son chauffeur, du même âge, a été kidnappé. Pour le récupérer, il devra débourser une somme considérable, semblable à celle qu'il a reçue pour le rachat de son entreprise. Déterminé à sauver son fils, l'homme négocie avec le ravisseur et tente de finaliser les modalités de l'échange. Pour finalement découvrir que son fils est libre et que le voleur a kidnappé par inadvertance le fils de son chauffeur. Kondo choisit tout de même de payer la rançon, et l'échange a lieu lors d'un trajet en train à bord du Rembombo. La police, bien qu'informée, n'a pas pu attraper le voleur qui a pris la fuite avec ruse. L'action se déplace maintenant vers l'entrepreneur, qui a fait faillite et a été licencié mais qui a la conscience tranquille, et vers le jeune et ambitieux inspecteur Tokura ( Tatsuya Nakadai ), qui parvient à découvrir la cachette du voleur et trouve également ses deux complices morts d'overdoses. Au terme d'une enquête complexe, l'inspecteur trouvera également sa satisfaction à arrêter le rusé voleur et meurtrier, tandis que Kondo pourra bientôt reprendre les rênes d'une entreprise concurrente de la précédente, tombée en disgrâce suite au licenciement du directeur et actionnaire prudent. Akira Kurosawa a également prouvé son grand talent pour le genre noir, un genre peu courant dans la filmographie du grand cinéaste japonais et auquel il est revenu pour la troisième fois après les résultats positifs de Chien enragé (1949) et Les salauds dorment en paix (1960). Ce film noir de 1963, à la structure complexe, alambiqué mais aussi tendu et convaincant, est développé en transposant le roman policier Two Busts in One d'Ed McBain. Avec ce film, d'une part, Kurosawa a réalisé son film le plus « américain » sur le plan stylistique, et d'autre part, il a fini par influencer de nombreux réalisateurs occidentaux, qui, à plusieurs reprises, se sont inspirés de cette intrigue et de son début galvanisant. Le cas le plus récent est celui de Steven Soderbergh avec sa série Full Circle , qui se concentre sur la dynamique et les conséquences d'un enlèvement raté par l'intermédiaire d'un tiers. Bref, "Entre le ciel et l'enfer" est un roman policier qui se mue rapidement en une tragédie du plus faible, teintée d'humanisme et d'existentialisme, et qui, peu à peu, devient une critique acerbe d'une société gangrenée par d'immenses inégalités. Dans la seconde partie en particulier – qui contraste avec l'unité de lieu de la première par une alternance dynamique de décors, de personnages et de situations – la critique sociale de l'œuvre (avec un courant sous-jacent de protestation anticapitaliste) devient encore plus tranchante – déjà suggérée par l'avidité flagrante des actionnaires et la réticence totale de Gondo à faire « le seul choix possible » – et nous sommes ainsi catapultés dans la description choquante d'une métropole où des bidonvilles délabrés s'élèvent en ruine à deux pas de villas opulentes, où la pollution imprègne chaque ruelle et canal, et qui tente de cacher les indésirables de la société dans des zones secondaires et abandonnées (voir la séquence insoutenable dans le quartier des toxicomanes, des personnes invisibles dont certains pensent pouvoir se débarrasser à volonté). Le grand réalisateur japonais revient ici à la représentation des bidonvilles, ces recoins obscurs de la réalité. La première partie, malgré sa forme théâtrale, conserve une tension palpable grâce à une habile accumulation de rebondissements. Mais c'est précisément la seconde qui offre des moments véritablement cinématographiques, à commencer par la séquence du train, qui rompt brutalement le rythme et nous plonge d'emblée au cœur de l'action. Il ne faut pas non plus négliger la longue séquence de traque nocturne qui, grâce notamment à la photographie en noir et blanc, captive et bouleverse, présentant une fois de plus une image loin d'être idyllique de la ville : chaotique, voire suffocante, sombre et sordide derrière les apparences trompeuses. Puis survient cette fin inattendue et inexorable, qui prive le récit de toute catharsis ou conclusion heureuse. Kurosawa élève le roman policier au rang de méditation dramatique sur le destin des hommes, les misères du quotidien, l'inégalité, les liens secrets qui sous-tendent la relation entre la victime et le bourreau. Dostoïevski est ici relu à la lumière de McBain À la fin, lors de la rencontre entre Gondo et Takeuchi, le visage de l'industriel se reflète dans celui de l'étudiant en médecine qui approche de la fin. Gondo – et avec lui le spectateur – peut presque éprouver de la compassion pour ce jeune homme, rongé par la haine, qui se sent condamné à vivre dans cette misère dégradante dont Gondo lui-même a eu la chance de s'extirper. Affichant d'abord une assurance et un mépris de la mort impressionnants, Takeuchi, lorsque le moment fatidique arrive, est saisi d'une crise d'une violence inouïe. Gondo, dos tourné, reste figé sur place, comme si tous les doutes et les angoisses du meurtrier s'étaient abattus sur lui. Qu'aurions-nous fait à la place de l'étudiant Takeuchi ? Un volet se referme avec un bruit métallique, laissant le spectateur incertain et troublé, ébranlé dans ses conceptions du Bien et du Mal, stupéfait devant la tragédie de la condition humaine. VERDICT-Il s'agit d'une excellente réalisation de Kurosawa, un film solide et rigoureux, l'un des rares à explorer en profondeur les rouages ??du système judiciaire policier. Véritable cri du cœur, réalisé à une époque de reprise économique au Japon, il mérite amplement d'être redécouvert. |