Allemagne, 1945 : La Seconde Guerre mondiale touche lentement à sa fin. Hille ( Laura Tonke ), qui vit avec sa famille sur l'île d'Amrum dans des conditions difficiles, refuse d'y croire et reste persuadée que les Allemands finiront par l'emporter. Le suicide d'Adolf Hitler bouleverse son monde. Bien qu'elle vienne de donner naissance à une petite fille, elle a perdu tout espoir. Quel que soit l'aliment qu'on lui propose, elle refuse d'en manger une seule bouchée. Seule une tranche de pain blanc beurrée au miel, un luxe absolu en temps de guerre, lui convient. Son fils Nanning ( Jasper Billerbeck ), désireux de lui offrir ce plaisir, part à la recherche des ingrédients et, ce faisant, découvre beaucoup de choses sur sa famille…
Ces derniers temps, Fatih Akin semble s'intéresser principalement aux aspects les plus sombres de l'humanité, s'inspirant d'histoires vraies. D'abord, dans son adaptation en 2019 du roman *Golden Glove *, il a raconté l'histoire du tueur en série Fritz Honka , se délectant de l'horreur de ses crimes. Puis, dans *Rheinggold* (2022) , il a créé un monument musical dédié au rappeur Xatar , qui a d'abord fait la une des journaux pour des faits de braquage avant d'être reconnu comme artiste. Avec *Amrum* (le titre d'origine de ce film) , il aborde désormais le thème du national-socialisme, qui lui offre également un vaste champ d'exploration. Pourtant, son drame historique est différent de ce à quoi on pourrait s'attendre lorsqu'il recrée cette époque du point de vue d'un enfant. Plus précisément, le film s'inspire des souvenirs d'enfance de Hark Bohm , avec qui Akin avait déjà collaboré à plusieurs reprises et qui figure ici comme co-scénariste. Le regard porté sur le passé n'est pas idéalisé : Amrum dépeint avec force les conditions de vie difficiles de la population à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La pénurie alimentaire est un thème récurrent. Lorsque toute l'histoire tourne autour du désir du garçon d'acheter une simple miche de pain blanc avec du beurre et du miel, on comprend vite que ce n'était pas une mince affaire. Akin prend également le temps de dépeindre la vie quotidienne avec toutes ses difficultés, sans jamais tomber dans le voyeurisme. La lutte quotidienne n'est ni sensationnalisée ni exploitée, mais présentée comme une réalité devenue si banale que les gens l'acceptent avec résignation.
Un autre aspect, cependant, résonne plus profondément. Les efforts déployés par le garçon pour procurer du pain à sa mère peuvent sembler excessifs. Mais c'est précisément sa quête de l'amour maternel qui est si profondément marquée par l'idéologie nazie qu'elle a perdu toute humanité. Elle trahit le voisin, veut chasser sa sœur de la maison car elle place la famille au-dessus du Führer, et néglige ses propres enfants. Pourtant, Amrum ne se contente pas de la diaboliser, mais la dépeint comme une personne si aveuglée par l'idéologie que le monde cesse d'exister avec le suicide d'Hitler. C'est à Nanning qu'il incombe de s'occuper d'elle et de ses jeunes frères et sœurs, même s'il n'en comprend pas grand-chose. Le film aurait facilement pu tomber dans le kitsch. Au lieu de cela, ce drame, présenté en avant-première à Cannes en 2025, est une œuvre d'une agréable sobriété. Encadré par des paysages à couper le souffle, d'une beauté presque irréelle, Amrum est avant tout un portrait de la vie sur l'île à cette époque. La quête des ingrédients pour le pain n'est qu'un prétexte pour présenter une galerie de personnages et leurs histoires. Le film se fait ainsi souvent impressionniste, découvrant de nouveaux aspects et destins pour mieux les oublier aussitôt. Certains spectateurs pourraient regretter un manque de clarté dans le récit ou souhaiter que certains passages aient été davantage approfondis, que certains personnages aient été plus étoffés. Malgré tout, ce voyage dans le passé vaut le détour, car il mêle détails d'époque et thèmes universels, racontant une histoire d'amour et de perte, mais aussi un profond sentiment de communauté qui émeut aux larmes.
VERDICT
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Inspiré de souvenirs d'enfance, « Une enfance allemande » raconte l'histoire d'un garçon qui tente d'acheter une tranche de pain au miel à sa mère dépressive. Cette quête n'est qu'un prétexte pour dépeindre la vie sur l'île à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, ce drame impressionniste est profondément émouvant et mérite d'être vu, notamment pour ses magnifiques paysages.