![]() Plate-forme : Bande Dessinée Date de sortie : 16 Janvier 2026 Editeur : Développeur : Genre : Bande dessinée Multijoueur : Non Jouable via Internet : Non Test par Nic0078/10 Scénario et dessin : Shun Umezawa Darwin's Incident (Darwin Jihen) est une série toujours en cours au Japon et qui a connu dix tomes à ce jour aux éditions Kodansha. Elle a été primée au Manga Awards Taisho 2022 (récompense que Frieren avait gagné un an plus tôt). L'histoire nous emmène aux États-Unis, lorsqu'un groupe de défense des droits des animaux appelé l'Alliance de Libération des Animaux fait une descente dans un laboratoire de recherche biologique pour sauver les animaux utilisés pour l'expérimentation là-bas. Ce à quoi les assaillants ne s'attendaient pas, c'était de coïncider avec une expérience qui défie toute la moralité déjà douteuse du lieu : la naissance du premier humanzé, un hybride d'humain et de chimpanzé. Après l'incident terroriste, la chimpanzée enceinte de ce nouvel être est livrée à un hôpital vétérinaire où a lieu sa naissance, un événement qui révolutionne la presse et l'opinion publique à l'époque. Quinze ans plus tard et après avoir passé toute sa vie avec ses parents adoptifs, ils décident que le moment est venu pour Charlie d'aller au lycée comme n'importe quel garçon de son âge et de commencer à interagir avec plus d'êtres humains qu'eux-mêmes. Avec le tome 9 de Darwin’s Incident, Shun Umezawa livre l’un des volumes les plus tendus et les plus politiquement chargés de la série, en faisant converger de manière frontale les trajectoires de ses personnages autour de Charlie, devenu malgré lui le point de cristallisation de toutes les peurs et de tous les fantasmes idéologiques. L’action se déploie dans un climat d’urgence et de surveillance permanente, alors que les actions passées de l’ALF et la médiatisation extrême de Charlie ont durablement fracturé l’opinion publique. Les événements s’enchaînent entre pressions institutionnelles, manœuvres militantes et réactions violentes, donnant au récit une allure de thriller social où chaque décision peut déclencher un engrenage incontrôlable. Charlie, plus conscient que jamais de son statut d’icône involontaire, tente d’exister en tant qu’individu, mais se heurte sans cesse à la manière dont les autres parlent à sa place et décident pour lui. Les scènes alternent entre confrontations directes et moments plus silencieux, où l’on ressent le poids de l’isolement et de la peur de commettre l’erreur irréparable. Graphiquement, Shun Umezawa accentue le réalisme cru de son trait, avec un découpage nerveux et une attention particulière portée aux expressions et aux corps sous tension. Les visages sont souvent cadrés de près, révélant la colère, la panique ou le fanatisme avec une précision presque inconfortable. Les scènes de foule, de débats télévisés ou d’interventions policières sont rendues de manière dense et oppressante, donnant l’impression d’un monde saturé de regards et de jugements. Le contraste entre ces espaces publics agressifs et les moments plus intimes renforce la sensation d’étouffement qui accompagne Charlie tout au long du tome. Ce volume marque une étape importante pour Charlie. Sa lucidité grandissante l’éloigne définitivement de l’innocence de ses débuts, sans pour autant lui offrir une véritable stabilité émotionnelle. Il comprend que, qu’il agisse ou non, son existence est déjà perçue comme une prise de position politique. Cette prise de conscience le rend plus méfiant, mais aussi plus déterminé à refuser les rôles qu’on lui impose. Lucy joue un rôle essentiel dans ce tome, non plus seulement comme amie ou soutien affectif, mais comme point d’ancrage humain. Leur relation est marquée par une tension nouvelle, faite de peur de perdre l’autre et d’incompréhension face à des réalités qu’aucun adolescent ne devrait avoir à affronter. Lucy tente de protéger Charlie tout en l’encourageant à penser par lui-même, ce qui crée parfois des frictions, mais renforce la sincérité de leur lien. Du côté des adultes, les figures liées à l’ALF apparaissent plus fragmentées que jamais, certaines convaincues d’agir pour une cause juste, d’autres clairement attirées par la radicalité et la mise en scène de la violence. Les représentants des institutions scientifiques et politiques, quant à eux, interagissent avec Charlie comme avec un problème à gérer plutôt qu’une personne, illustrant l’incapacité du système à intégrer une existence qui échappe à ses catégories. L’intérêt majeur de ce tome 9 réside dans la manière dont il met en lumière les interactions toxiques entre idéologie, médias et individus. Darwin’s Incident ne se contente pas de montrer des antagonistes clairement identifiables, mais expose un réseau de responsabilités partagées où chacun, même animé de bonnes intentions, contribue à la spirale de violence et de déshumanisation. Les échanges entre Charlie et les différents groupes soulignent à quel point le dialogue devient impossible lorsque l’autre n’est plus perçu comme un être humain, mais comme un symbole à exploiter ou à détruire. Ce volume agit ainsi comme un miroir glaçant de nos sociétés contemporaines, où la polarisation écrase toute nuance. Ce n’est pas une lecture confortable, mais une lecture essentielle, qui pousse le lecteur à s’interroger sur la responsabilité collective, la fabrication des monstres et la difficulté de rester humain dans un monde obsédé par les symboles et les camps. VERDICT-Ce neuvième opus est un volume puissant et profondément dérangeant, qui renforce encore l’ambition intellectuelle de la série. En développant finement la psychologie de Charlie, en complexifiant les relations avec Lucy le mangaka signe un tome dense, oppressant et nécessaire. |