Scénario : Yann Brouillette
Dessin : Paolo Loreto
Couleurs : Valentina Grassini
L'intrigue se déroule dans un monde où les animaux ont remplacé les humains, mais ont hérité de tous leurs travers : corruption, clivages sociaux, et soif de pouvoir. Dans le premier tome, on découvrait une société scindée entre les "Âmenimaux" (prédateurs et proies vivant sous un vernis de civilisation) et les instincts sauvages qui bouillonnent sous la surface. Le tome 2 pousse ce curseur beaucoup plus loin en explorant la fragilité de cet équilibre. L'histoire reprend alors que les tensions sont à leur comble. Le concept de survie n'est plus seulement biologique, il devient politique. On suit l'ascension et les luttes de personnages pris en étau entre leurs aspirations personnelles et les règles implacables de la cité. L'intrigue se densifie avec des complots de haut vol et des enjeux de caste.
Avec ce deuxième tome intitulé "La Survie des Âmenimaux", Yann Brouillette et Paolo Loreto confirment la singularité de cette série publiée chez Paquet. On est ici sur une œuvre qui mélange habilement l'anthropomorphisme classique à la Blacksad avec une réflexion sociopolitique beaucoup plus brute et contemporaine. Brouillette explore la notion de nature. Est-on défini par son espèce (sa naissance) ou par ses actes ? Le récit pose une question cynique : la civilisation est-elle un progrès ou simplement une cage plus dorée que la jungle ? De quoi livrer une critique sociale acerbe qui évite le manichéisme. Il faut être attentif, car l'intrigue politique est riche en sous-entendus. Fidèle au titre, l'album ne fait pas de cadeaux à ses personnages. Le passage du tome 1 au tome 2 se fait sans couture, approfondissant le lore. Le travail graphique de Paolo Loreto est sans doute l'un des points forts de l'album. Loreto propose un dessin riche et texturé. Réussir à rendre des visages d'animaux (lions, chiens, oiseaux) vecteurs d'émotions humaines complexes est un défi, et Loreto le relève avec brio. Les regards sont particulièrement intenses. Le découpage est dynamique, alternant entre des scènes de dialogues pesantes et des moments d'action organiques. La gestion de la lumière renforce ce côté "polar noir" qui colle parfaitement au scénario. Les décors urbains sont soignés, créant une immersion totale dans cette métropole étouffante. Bref, si vous avez aimé le premier tome pour son audace, celui-ci vous ravira par sa profondeur. C'est sombre, c'est intelligent, et c'est graphiquement superbe.
VERDICT
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Règnes Modernes n'est pas une fable animalière pour enfants. C’est une tragédie grecque en costumes de poils et de plumes. Ce tome 2, "La Survie des Âmenimaux", porte bien son nom : c'est un récit sur la résilience et la compromission. Yann Brouillette écrit avec une plume qui gratte là où ça fait mal, tandis que Paolo Loreto offre une identité visuelle forte qui place la série parmi les pépites du catalogue Paquet.