Scénario et dessin : Kazuhiro Fujita
The Wicked Eyes Fly to the Full Moon (Jagan wa Gachirin ni Tobu) est un manga unitaire publié au Japon aux éditions Shogakukan. Les dieux des montagnes infligent un châtiment au peuple japonais : une chouette nommée Minerve. Quiconque s'aventure sur son territoire est condamné à une mort certaine, le sang coulant de ses orbites. Un seul homme se dresse contre la bête, un chasseur renommé du nom d'Uhei. Mais alors qu'il est sur le point de triompher, l'armée américaine intervient et s'empare de la chouette pour l'étudier. Treize ans plus tard, un navire de guerre américain s'écrase dans le port de Tokyo, ne laissant aucun survivant… les yeux ensanglantés. La chouette a été libérée et sème désormais la terreur dans Tokyo, tuant au hasard les habitants. Le gouvernement américain décide que seul Uhei, l'homme qui a failli abattre la créature par le passé, peut agir.
Le rideau de chaque conte de fées s’ouvre sur « Il était une fois ». Comme l’écrivait l’historien de l’art Ernst Gombrich… C’est pourquoi ce conte commence lui aussi ainsi. Ces mots nous accueillent dans le prologue de ce volume unique, des mots qui captivent immédiatement le lecteur et le plongent dans l’univers sombre de Kazuhiro Fujita, l’auteur de Moonlight Act et de The Black Museum Springald. Et comme dans cette dernière œuvre, il parvient à créer une clé de compréhension qui ouvre la porte à de futures histoires, susceptibles de se connecter entre elles et de former ainsi une mini-série. Quel dommage, cependant, de ne pas y trouver de guide amical !Un jour, le Dieu de la Montagne, irrité par la conduite des hommes, décide d’envoyer l’une de ses créatures en guise de châtiment : une chouette blanche dotée d’un pouvoir terrible, celui de tuer quiconque croise son regard perçant. Nul ne pouvait l’arrêter, l’approcher était impossible, et tirer de loin était inutile. Tous périrent avant d'avoir pu atteindre leur but, à l'exception d'un seul : un chasseur qui, au prix d'un immense sacrifice, parvint à abattre la créature diabolique. Mais avant d'accomplir le Sajinawaseru, le coup de grâce rituel entre le chasseur et sa proie, dans le respect de la nature, des soldats emmenèrent Minerva, le nom qu'ils donnèrent à la chouette tueuse. Treize ans plus tard, un porte-avions américain s'écrase dans le port de Tokyo : tous les membres d'équipage périssent de la même manière, ainsi que d'innombrables autres habitants de la ville, car le monstre a été libéré. ??Le seul moyen de sauver le monde de ce destin funeste est de retrouver ce chasseur et d'espérer qu'il décide d'achever cet acte inachevé. La fin sera prévisible, hormis le rebondissement final dans les dernières pages, mais elle nous offrira une séquence incroyable, pleine d'adrénaline, peut-être la meilleure de tout le volume. Lorsque Rin utilisera son pouvoir pour nous révéler les derniers instants d'un autre point de vue, nous sourirons devant la cruauté du destin, surtout quand on connaît la profusion d'idées absurdes et assurément efficaces de cette mangaka. C'est sans aucun doute une histoire unique, peut-être un peu frivole ou extravagante au premier abord, mais on se rend vite compte qu'il s'agit d'un nouveau coup de génie de cet auteur. Un rythme narratif effréné et soutenu nous accompagne tout au long de ce récit, qui se déroule de façon linéaire, sans trop de rebondissements, mais en distillant toujours le juste équilibre entre suspense, humour et moments de réflexion.
Les dessins sont typiques de Fujita, alternant entre des moments de netteté et de précision et d'autres plus esquissés et plus bruts, démontrant une fois de plus son talent pour jongler avec différents styles et toujours trouver celui qui convient le mieux à la scène. Il atteint des sommets de qualité dans certaines scènes d'action, véritables explosions de clair-obscur, sans oublier les scènes de dévastation et de mort infligées par le hibou, toujours troublantes et effrayantes. Le seul fil conducteur est l'attention constante portée aux détails, visible dans les décors et abondamment présente dans toutes les cases. Fujita parvient une fois de plus à insérer un thème inattendu dans l'une de ses œuvres, semblant cette fois accentuer la différence entre les chasseurs du Japon ancien, qui respectaient la nature et chassaient pour subvenir à leurs besoins de manière quasi rituelle, et les chasseurs modernes, qu'il serait plus juste de qualifier de tueurs, puisque seul le désir de tuer prévaut. Bien sûr, le contraste entre passé et présent sera évident ailleurs, mais ce ne sera pas le seul thème qui nous fera réfléchir. L'ouvrage s'attardera également sur les différentes formes d'amour que l'on peut ressentir : Uhei, le chasseur, est grognon et solitaire, inconsolable depuis la perte de son chien. Seule sa fille adoptive, Rin, parvient à l'apaiser. Il lui obéit comme à un petit chien, malgré la colère qu'elle lui témoigne suite au décès de sa mère. L'origine de la haine de Minerva est elle aussi inattendue, mais c'est à vous de la découvrir. Cette fois-ci, Fujita est publié par Meian en France, et à juste titre, car la qualité de cette maison d'édition reflète la valeur des œuvres du maître : jaquette, album solide et souple, pages couleur glacées et feuilles épaisses, blanches et transparentes, le tout pour le prix de 12,95 €, vous permettant ainsi d'apprécier l'art de ce mangaka dans toute sa splendeur. Si vous souhaitez découvrir la magie qui imprègne l'œuvre de cet auteur, vous pouvez commencer par ce volume ou par n'importe lequel de ses autres ouvrages ; une fois que vous les aurez découverts, vous ne pourrez plus vous en détacher.
VERDICT
-
Ce titre, bien que n'atteignant pas tout à fait le niveau des autres œuvres de l'auteur, reste un excellent manga, un incontournable pour tout fan et une lecture essentielle pour les amateurs de thrillers d'action teintés d'horreur.